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TRIBUNE LIBRE – Un homme qui monte

Eric BessonLorsque l’on s’appelle Besson et que l’on devient ministre, il y a forcément un je-ne-sais-quoi de déclinant dans le pays. Et lorsqu’au sein du gouvernement, on fréquente une « Lagarde» , le couple « Besson-Lagarde»  gagne son grade de symbole et entraîne, toujours symboliquement, tout le pays derrière lui. L’air du temps, la mode c’est le déclin, et le déclin, c’est hype.

Cette première imprécation en guise d’introduction était quelque peu stupide, je le concède. En règle générale, je n’aime guère insulter ou aligner les calembours à propos du patronyme des uns ou des autres ; comprenez-bien : aujourd’hui, si l’on peut choisir ses enfants (et certains ne se privent pas d’aller rafler des myriades de bambins dans les pays dévastés), voire de les tuer, on ne choisit pas ses parents ni son nom. Attaquer le nom, c’est bête, c’est bas, c’est nul.

Bête, bas et nul : voilà trois adjectifs qui nous ramènent à notre sujet. Eric Besson a sans doute des qualités : ce n’est pas parce qu’on ne les a pas vues qu’elles n’existent pas. Ce qui nous amène à lui reconnaître celle de l’humilité, puisqu’il fait tout pour se rendre détestable et, ainsi, ne pas recueillir d’éloges qui le feraient rougir (on ne quitte pas le PS pour redevenir tout rouge). Et c’est ainsi qu’il s’est récemment montré face à Marine Le Pen, durant le fameux débat sur France télévision, lui-même partie intégrante du Grandébat sur l’identité nationale ; bête, bas et nul à tour de rôle. Bête, en ramenant systématiquement le débat à l’immigration au détriment du véritable sujet (l’identité nationale) ; à croire que la mélanine est chez lui une obsession. Bas, en attaquant grassement son adversaire sur sa féminité . Nul, en répondant à côté des questions voire en niant ses propres propos, ou les chiffres de son propre ministère. En un mot, si le débat manquait de c*****, ce n’était pas du fait de la vice-présidente du FN, bien évidemment.

Le sujet de l’identité nationale, pourtant, est intéressant ; mais, comme d’autres détails, c’est un point qui appartient, sinon aux historiens, du moins à tous sauf aux politiques. Cette voix discordante, on l’a malheureusement bien peu entendue, chacun s’étant empressé de prêcher pour sa propre chapelle. L’identité nationale, qu’est-ce ? a-t-on demandé, et tous de s’égosiller dans la plus grande cacophonie : la Sécu, les restos du cÅ“ur et le pôle emploi pour les uns, la tolérance, la solidarité et le suffrage universel pour les autres, la religion catholique, la religion catholique et la religion catholique pour certains. Chacun voyant midi à sa porte, il serait vain de prétendre synthétiser la France en un rapport administratif, quand bien même il serait scellé par le plus prestigieux des sots. Cela ressemblerait furieusement à août 1789 où, dans une étuve intellectuelle surchauffée, une poignée d’illuminés ont tenté de synthétiser les « droits de l’homme»  : résultat, jamais ceux-ci n’avaient été plus violés que dans les années qui ont suivi. L’Etat qui nomme et qui définit se reconnaît le pouvoir de modifier et de violer. Codifier l’identité nationale, c’est reconnaître que la puissance publique peut la modifier, au détriment de tout le reste, de l’histoire et des citoyens. Gare à ceux qui se trouveront du mauvais côté des fusils.

Voici une autre grande question, que l’on me pardonnera de poser de façon quelque peu elliptique. Parmi les « valeurs»  que nos concitoyens reconnaissent constitutives de l’identité nationale, la langue française est bien placée. La langue française, forgée au cours des siècles, de Rabelais à Balzac, de Flaubert à Jean Dutourd. La langue française et sa grammaire incroyablement complexe, son orthographe  magnifique (que quelques pseudo-intellectuels, admirateurs du kwéole ou du volapuk, rêvent de massacrer tout ce qu’il y a d’officiellement). Et son vocabulaire, ce qui fait que les mots ont un sens. Puisqu’on en est au vocabulaire, un mot revient bien souvent dans la bouche des politiques, quels qu’ils soient. Je crois d’ailleurs l’avoir lu sous la plume de notre président de la république (que l’on me pardonne de ne pas mettre de majuscules à deux noms aussi communs). Ce mot, c’est « métissage» , qui est en passe de devenir un credo pour une génération entière de petites têtes (pas très) blondes, et sera sans doute très prochainement porté au pinacle par Eric Besson dans son rapport sur l’identité. Et puisque les mots ont un sens, hâtons-nous de rappeler celui de ce mot-là. Selon le dictionnaire d’Emile Littré dans sa première édition (1863),  le métissage se définit comme « l’action de croiser une race avec une autre pour améliorer celle qui a moins de valeur» …

Horresco referens ! Est-ce donc bien de la même race que l’on parle ? La race des racistes ? Celle de Wannsee et de Dachau ? N’oublions pas que dans Besson, il y a deux S, signe du destin… Chacun sait que lorsque l’on parle de race, les heures les plus sombres ne sont pas très loin. Et même si ce discours raciste là est très moderne (puisqu’il vise à la disparition de toute diversité humaine, et non à celle d’une seule de ses composantes), et très cool (puisqu’il n’y aura plus que des citoyens du monde, nécessairement gentils), nous autres, race inférieure, avons quelques soucis à nous faire.

Denis Parest pour Novopress Aquitaine

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